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LA FLAMME JUIVE EST BIEN VIVANTE…




 

Selon une tradition instituée depuis ces dernières années en la Synagogue Charles Liché, avec à sa tête le Grand Rabbin Olivier Kaufmann, directeur du Séminaire Israélite de France, la célébration de Simhat Torah donne lieu à un évènement en forme de défi unique dans la capitale, engageant l’ensemble des fidèles à se réjouir « dehors » de la joie offerte par la Torah afin que : « ses enseignements ne quittent pas notre bouche » selon la lecture prophétique de l’office du jour (Josué 1, 7).

En effet, le vendredi 17 octobre dernier, lors de la 7ième Haqqafa, l’ensemble de la communauté, et les porteurs de Toroth, entourant le Grand Rabbin Olivier Kaufmann, ont formé un cortège autour de la Place des Vosges, en laissant éclater leur joie, accompagnée de chants hébraïques et de danses, galvanisant dans la même ferveur les plus jeunes des fidèles comme les plus âgés. Avant que ne se formât le cortège, le Grand Rabbin effectua une prière pour nos aînés, toujours présents lors de cette fête, mais étant cette année dans l’incapacité de nous rejoindre pour raison de santé, comme ce fut le cas de nos amis Milo Adoner, Vice-président de la Shoule, ancien d’Auschwitz, et de son épouse Suzy. Puis, le Grand Rabbin rappela combien cette célébration de la 7ième Haqqafa était lourde de sens aujourd’hui, lorsque l’on sait que durant l’occupation le Square de la Place des Vosges était « interdit aux Juifs et aux chiens », et qu’il n’y avait pas si longtemps encore, des hordes venues des banlieues cherchaient à en découdre avec les Juifs dans le quartier.

Certes, le passé est passé. C’est un truisme. Mais pas si absolu au regard de la Tradition Juive qui est d’aller au-delà, en prônant de faire retour sur les évènements passés pour en assumer le « Zahor » et le « Shamor », et dans le même temps, de les transcender dans le sens du « Tikkoun. », de la « Réparation ». Ainsi, le refus du destin figé permet-il toutes les audaces, et en particulier celle de quitter coûte que coûte les ténèbres pour la lumière, pour la vie. Et, en cela nous sommes tranquilles. La flamme Juive qui alimente notre tradition est bien vivante, comme elle le restera de toute éternité, n’en déplaise aux antisémites de tous poils.

Ce grand moment de la fête de « Simhat Torah », nous l’avons vécu encore une fois, sous le signe du partage, de la fidélité, et du Shalom, en clamant haut et fort notre joie de nous abreuver à la « source de vie ». Ne dit-on pas que toute grande joie est communicative ?

Claude Bochurberg  

       



 

 



 

 

56 TEMOINS RACONTENT…

Il convient de saluer l’ouvrage de Jean-Pierre Allali, préfacé par Elie Wiesel,  publié aux éditions Glype, consacré aux Juifs de Tunisie, sous l’occupation Allemande, dont on ne rappellera jamais assez que selon les plans du Reich, ils étaient potentiellement désignés pour la mort à l’instar de l’ensemble des Juifs Européens.

Intertitre : « Certes grâce aux témoignages de Paul Ghez, de Robert Borgel et les travaux de différents historiens, dont ceux de Claude Nataf, président de la SHJT à qui l’on doit  d’avoir mené à bien la publication d’une série de témoignages sur la Rafle de Tunis, et sur l’Histoire des Juifs de Tunisie, sous l’égide de la FMS, force est de constater qu’il aura fallut du temps pour déchirer le voile, combien même comme le souligne Jean-Pierre Allali « la période de l’occupation du pays par les troupes Allemandes aux heures ombres de la Shoah, demeure encore relativement méconnue. »

Dédié à la mémoire de l’oncle de l’auteur : « Simon Allali, décédé le 2 » février au camp de Bizerte, à l’âge de 24 ans, victime de l’occupation Allemande de la Tunisie », l’ouvrage revient sur la spécificité de cette communauté, puis aborde la période de l’occupation nazie du 13 novembre 1943 au 7 mai 1943, avec ses mesures discriminatoires, ses réquisitions, ses amendes collectives outrancières, et le travail forcé imposé à des milliers d’hommes, le tout accompagné de mauvais traitements et de meurtres. Face à ces mesures, l’auteur fait état de l’attitude des autorités Beylicales, de diverses personnalités, dont le troublant Amiral Esteva, puis celle de la population Arabe, et des Justes qui tendirent la main aux opprimés, et enfin pose la question de savoir si les dirigeants Juifs n’avaient pas joué le rôle d’un Judenrat, pour conclure après le recueil de différents acteurs au fait : « qu’ils n’avaient en rien constitués un Judenrat, car bien que critiqués par certains, ils avaient eu au fond d’eux mêmes le sentiment d’agir au mieux pour leur communauté en détresse. »

 Avec la passion qui l’anime de se porter à la rencontre des témoins afin de recueillir leur parole, Jean-Pierre Allali a rassemblé dans l’urgence, face aux disparitions successives, 56 témoignages qui restituent ce qu’il en fut de la condition des travailleurs forcés sous le joug Allemand, et en particulier sous la férule du sinistre Walter Rauff l’initiateur de l’homicide par les camions à gaz, et qui décrivent également ce qu’il en fut de la vie quotidienne des familles Juives en proie à l’angoisse. Les extraits des souvenirs des témoins de la première heure tels que ceux de Gaston Guez, ou Raymond Uzan, Gilbert Taieb, Jacques Krief, prolongés par un hommage à Gilbert Mazouz assassiné le 9 décembre 1942, figurent à la première place, avant que l’on découvre la parole des derniers témoins, à la partie centrale de l’ouvrage. Chaque témoignage recueilli par l’auteur entre le 31 mars 2012 et le 8 juillet 2013, participe ainsi d’une somme exceptionnelle. Chaque témoin, qui appartient à toutes les catégories sociales et à toutes les composantes de la communauté Juive, forte à l’époque de 120 000 personnes, délivre un récit unique. Parmi eux certains étaient de nationalité Française, Italienne, Tunisienne, voire Britannique. Chaque récit apporte un détail, une anecdote, ou un souvenir personnel, qui nourrit à bon escient la reconstitution historique du puzzle. On peut prendre ces textes à n’importe quelle page de l’ouvrage. Ils sont habités par la volonté farouche de ne pas laisser perdre la mémoire, et c’est ce qui nous touche. Enfin, hormis ces témoignages et ces biographies dévolus aux anonymes comme au plus notoires, on trouvera dans cet ouvrage nombre de photographies inédites, ainsi que des récits littéraires d’écrivains connus, et pour finir la liste des victimes Juives en terre de Tunisie.

Claude Bochurberg.

 

 

 

 

UNE RECHERCHE APPROFONDIE CONSACREE AU CAMP DE  BELZEC.

 

Belzec fut le premier centre de mise à mort créé dans le gouvernement général, soit dans la partie de la Pologne occupée par les Allemands en 1939. Des centaines de milliers de Juifs y furent exterminés. Or, on le sait, la trace laissée dans la mémoire collective n’est pas aussi prégnante que celle d’Auschwitz. Pourtant Belzec servit de prototype au crime de masse, comme l’analyse Robert Kuwalek, professeur d’Histoire à l’Université de Lublin, dans son ouvrage traduit du Polonais par Alexandre Dayet : « Belzec », publié chez Calmann-Levy et le Mémorial de la Shoah.

Intertitre : Comme le souligne l’auteur : « Si nous demandions aujourd’hui, à un habitant de Lublin ou de Cracovie, dans quel endroit, selon lui les Juifs de la ville furent assassinés, il répondrait sans hésitation : Majdanek ou Auschwitz-Birkenau. Personne n’évoquerait le nom de Belzec. Cette situation a certes pris racine pendant le régime communiste, notamment après la campagne antisémite de 1968, mais cette ignorance s’explique aussi et surtout par l’absence de travaux scientifiques sur les centres de mise à mort. La première publication consacrée aux crimes perpétrés à Belzec fut le témoignage de Rudolf Reder, l’un des trois rescapés du camp. »

Ainsi la relative carence des travaux sur Belzec, et : « surtout l’absence de rescapés et de témoignages aurait provoqué un déficit de mémoire et de savoir ».  Il faudra attendre l’année 2004, avec l’inauguration du nouveau Mémorial et du Musée de Belzec, pour que s’imposât enfin une publication de type scientifique, dont l’initiative revint à Robert Kuwalek, qui fit paraître l’année suivante un dossier de vulgarisation, tout en poursuivant ses recherches.

Puisant pour la première fois ses sources dans les Archives Allemandes et Polonaises, ainsi qu’à partir des documents provenant de l’enquête menée en 1945-46 sur les crimes commis à Belzec, renforcés par des témoignages divers, Robert Kuwalek conduit son enquête de façon chronologique, en revenant sur la construction du camp, puis son fonctionnement à partir du 17 mars 1942, avec l’élimination des Juifs de Pologne au moyen de « l’Aktion Reinhardt » élimination précédée par l’évacuation des ghettos, et enfin  le rassemblement et la déportation des Juifs dans des conditions atroces, faisant  de nombreux morts avant l’arrivée.

Voilà un livre impressionnant qui restitue toutes les étapes du crime de masse, selon la stratégie utilisée par les bourreaux, consistant à faire croire aux déportés qu’ils parvenaient dans un camp de travail, avant leur mise à mort par fournée de 1500 personnes dans les chambres à gaz. Après quoi, les cadavres étaient évacués par les hommes des Kommandos spéciaux, non sans que ces mêmes cadavres aient été préalablement débarrassés de leurs dents en or et fouillés à la recherche du moindre objet de valeur. En 1943, les fours furent détruits, ce qui fait que les cadavres étaient brûlés en plein air. 450000 à 600000 de Juifs Polonais périrent à Belzec. On recensa 2 survivants, dont l’auteur reproduit des extraits de leurs témoignages, de même qu’il décrit de façon circonstanciée la vie du personnel du camp, de ses gardiens issus des SS-Wachmannschaften, puis évoque la spoliation des victimes, et le martyrologue subi par les détenus face à la cruauté du commandant du camp, de ses adjoints, et des kapos. Malgré cela : « Belzec sombra dans un oubli sans pareil dans l’histoire de la Shoah », ce dont il rend compte à la fin de sa recherche, non sans avoir passé au crible le modus operandi de la Shoah en action, sur fond de violences et de scènes de mise à mort insoutenables. Cet ouvrage s’inscrit désormais comme une référence.  

Claude Bochurberg.

 

 

 

UN APPEL A L’ESPERANCE MALGRE L’IMPITOYABLE ABSENCE…

 

Dans le droit fil de son illustration consacrée à la publication du « Mariage merveilleux  et autres contes d’Israël » de Simone Hirschler, publication qui fut rééditée par ses enfants, avec une préface du Grand Rabbin Gilles Bernheim, Anne Rothschild vient de faire paraître aux Editions Caractère un recueil honorant la mémoire bénie du Grand Rabbin René Hirschler et de son épouse Simone.

Intertitre : « Le Grand Rabbin René Hirschler et Simone son épouse furent arrêtés en 1943 à Marseille, après avoir réussi à mettre leurs trois enfants à l’abri. En février 1944, ils furent déportés à Auschwitz-Birkenau, où Simone fut assassinée en avril 1944, et un après, ce fut au tour du Grand Rabbin de laisser sa vie à Ebensee. »

Anne Rothschild née en 1943 à New York, à la double nationalité Belge et Suisse, est dotée d’une soif créative qui trouve à se réaliser tant dans la gravure, le dessin, la peinture, que dans l’écriture romanesque ou poétique. Durant une dizaine d’années, elle a dirigé le service éducatif du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, et aujourd’hui, elle partage son temps entre la capitale et le Gard, où se trouve son atelier de gravure. Inclassable, au sens où l’on ne peut guère l’assigner à une place artistique définie, Anne Rothschild témoigne cependant d’une ligne constante en reliant à travers ses nombreuses créations, l’évènement existentiel que constitue la rencontre d’autrui, sa fidélité envers les absents, sa recherche de la paix, et son ardent désir de célébrer la Vie. Anne Rothschild est profondément Juive, en ce sens que son souffle créatif participe avant tout d’un refus de l’immobilisme, bref d’un refus de la mort…A preuve le présent recueil augurant les diverses modulations de ce souffle, dédicacé au couple Hirschler, a Alain leur fils, et « à tous les enfants, rescapés du chaos, qui choissent la vie », est résolument placé sous le signe des versets extraits de « Devarim » XXX, 15-20 : « Vois, en ce jour, je place, devant ta face, la vie avec le bien, la mort avec le mal….La bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité. »

Un chant de Vie, tel est ce qui bruisse, murmure, ou résonne en autant de collages, et de dessins représentant une torsade de Tsitsits, des feuilles d’arbres volant au dessus d’une partition musicale, un calendrier de marine tapissé de lettres carrées d’où s’élancent 3 tiges  bourgeonnantes figurant les 3 enfants Hirschler, ou encore un simple bout de papier portant une liste de camps Français, orné en creux par des lettres hébraïques. Les textes poétiques répartis entre prose et aphorisme, flattent l’œil et l’oreille, en nous éveillant à l’appel de l’Espérance, et ce, malgré l’impitoyable absence des suppliciés. A titre d’exemple arrêtons-nous un instant page 42 et 43. Ces deux pages qui se répondent disent tout du « souffle » qui imprègne son auteur. A la page 42, une Maggen David occupe l’espace du ciel, tandis que tout le reste est occupé par un oiseau aux yeux clos, dont les plumes ouvertes d’un côté, et fermées de l’autre, laissent échapper de leurs replis ensanglantés des fragments du texte sacré. Et a la page 43, la magie du verbe opère qui redonne vie à l’inerte :

« Mes bras entourent la mémoire où grandissent les morts

Je berce le cri  l’invocation

D’un long tourbillon sonore

Redonnant à la voix sa partition perdue

Les cendres volées recomposent les contes d’une mère

Tant de beauté pour s’accorder aux choses

Sans plus attendre que le froissement d’une lèvre

L’hésitation d’une feuille »

Claude Bochurberg.

 

JACQUES LAZARUS HAUTE FIGURE DE LA RESISTANCE S’EN EST ALLE.

Le 6 janvier 2014, Jacques Lazarus, Officier de la Légion d’Honneur à titre militaire, Croix de Guerre, Médaillé de la Résistance avec Rosette, Capitaine honoraire, nous a quittés à l’âge de 97 ans, laissant dans la peine celles et ceux qui eurent le privilège d’apprécier cet homme d’une dimension exceptionnelle, Haute Figure de la Résistance, qui fut l’honneur de notre peuple, et l’honneur de la France.

Intertitre : « En juin 1944, l’AJ lui confia la mission délicate de prendre contact avec des responsables de l’Intelligence Service en vue de constituer une Unité Juive dans le cadre des Armées Alliées. Mais les responsables de l’IS étaient en fait des agents de la Gestapo. Jacques Lazarus tomba dans le piège, et se retrouva à Fresnes après être « passé entre leurs mains » avec son compagnon le Rabbin René Kapel. »

Jacques Lazarus était né le 2 septembre 1916 en Suisse. Ses parents, d’origine Alsacienne, résidèrent à Colmar avant de s’installer à Luxeuil-les-Bains. Après avoir accompli ses études à l’ORT de Strasbourg, Jacques Lazarus, patriote dans l’âme, s’engagea dans l’armée, et fut affecté dès octobre 1935 au 152ième Régiment d’Infanterie à Colmar. Puis, la défaite venue en 1940, ce régiment se replia à Montluçon, où Jacques Lazarus  resta au service de son Colonel jusqu’en août 1941, date à partir de laquelle il fut exclu de l’Armée en vertu du « Statut des Juifs. » Terriblement meurtri par cette mesure infâme, Jacques Lazarus rejoignit sa sœur à Saint-Etienne, puis plus tard, trouva à s’employer à Lyon jusqu’en mai 1943. A cette date, il décida de quitter ses fonctions,  pour  servir dans l’Armée Juive (AJ), grâce à son ami Ernest Lambert. En tant que militaire de carrière, on lui confia la mission de former les jeunes Juifs au combat. En octobre 1943, l’AJ ayant pris la décision de créer sous l’égide de l’AS (Armée Secrète), un maquis Juif dans le Tarn, on le désigna pour en assurer le commandement. Ce dont témoigne la photo historique ci-jointe, passée désormais à la légende, prise en avril 1944, où l’on voit jacques Lazarus (dit Jacquel) et ses compagnons en armes, rassemblés autour du  drapeau frappé de la Maggen David. Cette photo sublime, hautement paradigmatique de la Résistance Juive, nous l’évoquions souvent ensemble dans le cadre de nos émissions : « Mémoire et Vigilance », où Jacques Lazarus témoignait toujours avec flamme, au nom de ses compagnons tombés au Champ d’Honneur. En juin 1944, l’AJ lui confia la mission de contacter des responsables de l’Intelligence Service, en vue de constituer une Unité Juive, au sein des Armées Alliées. Mais, il s’avéra que les responsables de l’IS étaient en fait des agents de la Gestapo. Jacques Lazarus tomba ainsi dans le piège, et se retrouva après être « passé en leurs mains » à Fresnes  avec le Rabbin René Kapel. D’autres résistants de l’AJ furent arrêtés et torturés à mort comme ce fut le cas de Maurice Loebenberg, dit « Cachou », dont Jacques Lazarus rappelait fidèlement le souvenir lors de chacun de nos entretiens. Le 11 août 1944, Jacques Lazarus et ses compagnons quittaient Fresnes pour Drancy, d’où ils furent déportés sur ordre de Brunner, par le dernier convoi du 17 août, celui dit des « otages ». Mais ces résistants Juifs ne pensèrent qu’à s’évader du train, comme le confiait Jacques Lazarus : « Le 4ième jour, avant que le convoi ne pénètre en Allemagne, nombre de mes camarades et moi sommes parvenus à nous échapper. Ce ne fut pas le cas hélas pour la plupart des otages ; soit qu’ils ne le purent pas, soit qu’ils ne le voulurent pas. Après un certain nombre de péripéties, j’ai rejoint Paris qui venait d’être libéré… » Dès la libération, Jacques Lazarus s’est dévoué de toutes ses forces au service de nombreuses organisations Juives, dont l’ORT, le CJM, et  le journal « Information Juive », et ce, durant 50 ans, jusqu’au 30 décembre 1998.

 Nous n’oublierons pas cet homme magnifique, nourri de valeurs Juives, dont la  parole sage, et les actions héroïques, n’eurent de cesse durant sa longue vie que de servir la vérité, le Judaïsme, le Souvenir des Combattants Juifs et la Mémoire de la Shoah.

Claude Bochurberg.

 

 

 

 

UN MOMENT DE GRACE EN PLEIN CŒUR DU MARAIS.

 

En la synagogue Charles Liché, au matin de la fête de Simhat Torah, on suit depuis ces dernières années une tradition plutôt rare dans la capitale, qui mérite d’être connue. Ce jour là en effet, sur le coup de midi, la 7ième Hakafa, sonne l’heure de danser avec la Torah, autour de la Place des Vosges, afin d’exprimer notre joie de nous abreuver à notre « source de vie », transmise de génération en génération depuis le Mont Sinaï.

Le Grand Rabbin Olivier Kaufmann en tête, les chants hébraïques retentissent sur la Place comme autant de cris de bonheur, accompagnés par la danse des fidèles, parmi lesquels nos aînés, comme par enchantement, retrouvent une merveilleuse légèreté de l’être. Les toroth à l’air libre, portées avec allégresse en ce lieu envié du monde entier pour sa sobre beauté, situé en plein cœur du Marais, où nombre de nos frères et sœurs furent arrêtés, déportés, puis exécutés à l’est, participent d’un moment de grâce, qui témoigne de notre détermination à célébrer la vie, en portant haut et fort, nos voix entremêlées de vivants et celles de nos disparus. La Torah lovée contre la poitrine, les pieds soulevés par l’attraction des chants et des danses, on prend conscience que : « la Torah n’est pas dans les cieux », mais au plus près de chacun, pour l’éveiller à choisir la vie et cultiver notre fidélité, mais aussi pour tisser le lien du Shalom avec tous les hommes de bonne volonté, sous le signe de la simha pure !

Hazak à la Shoule de la Synagogue Charles Liché ! Hazak à son guide le Grand Rabbin Olivier Kaufmann ! Et, Hazak à Clément Weil Raynal, qui eût l’honneur d’être choisi comme Hatan  Berechit,  pour sa plus grande joie, et celle de ses amis.

 

 

ILS ETAIENT 177 FRANÇAIS QUI DEBARQUERENT LE 6 JUIN 1944.

Il y a 69 ans, le 6 juin 1944, était lancée depuis l’Angleterre, l’opération « Overlord », conduisant des milliers de soldats alliés sur les côtes Normandes, à l’assaut des troupes du Reich. Parmi ces combattants, on ne saurait oublier les Français du Commando Kieffer.

Dans le numéro 232 des « Chemins de la Mémoire », publié par le Ministère de la Défense, Stéphane Simonnet, revient sur l’histoire héroïque de ce commandant Kieffer, qui débarqua le 6 juin 1944, sur les plages de Normandie, à la tête de ses 177 hommes, dont 6 Juifs.

Intertitre : « Parmi les 177 hommes appartenant au Commando Kieffer, il y avait 6 Juifs, dont notre ami Henri Dorfmann, de mémoire bénie, qui se porta volontaire à l’âge de 18 ans pour combattre les nazis, en débarquant sur le sol de France, avec ses compagnons du Commando, la seule unité Française qui eût l’honneur de participer à ce jour glorieux »

Comme le mentionne Stéphane Simonnet :                

« En 1941, Kieffer réussit à convaincre sa hiérarchie de créer son propre commando. Reste à persuader les opérations combinées Britanniques de l’utilité d’une telle troupe Française dans leur plan de bataille et leur stratégie. C’est fait lorsqu’un accord de Gaulle-Mountbatten officialise sa démarche au printemps 1942. Mais sans attendre ce feu vert, Kieffer a déjà recruté une vingtaine d’hommes, qui sortent tous brevetés à l’issue d’un stage en Ecosse avant l’été. A partir de là, Kieffer tient à bout de bras son unité, veillant au niveau des effectifs, aux entraînements, aux recrutements, à l’encadrement en officiers, exigeant des renforts auprès des FNFL et des départs en mission auprès des Britanniques… »

Avant le 6 juin 1944, Kieffer et une partie de ses hommes participeront à différents baptêmes du feu, dont le raid de Dieppe. Puis viendra le jour fatidique, au cours duquel Kieffer sera blessé à deux reprises, de même qu’un quart des hommes du commando, et conséquemment laissera son commandement, afin d’entamer une guerre de position sur le flanc Est du débarquement, en vue d’y tenir une tête de pont avec les Anglais.

Après bien des péripéties, Kieffer sera appelé à siéger à la Nouvelle Assemblée Consultative Provisoire, puis passera le commandement de son bataillon en avril 1946, avant qu’il ne soit dissout en juillet.

Parmi les 177 hommes du Commando Kieffer, il y avait 6 Juifs, dont notre ami Henri Dorfmann, de mémoire bénie, qui se porta volontaire à l’âge de 18 ans pour combattre les nazis, et qui dans ces mêmes colonnes en juin 1991, témoignait de ce que fut le débarquement sur le sol de France, avec ses compagnons du Commando Kieffer, la seule unité Française, qui eût l’honneur de participer à ce jour glorieux, en étant intégrée au 4ième commando Britannique.

« A 7 heures 21, nous avons débarqué devant Ouistreham » confiait alors Henri Dorfman, tout en ajoutant : « Partout autour de nous sifflaient les balles des mitrailleuses. Il fallait avancer, ne pas rester sur place. Les gars du génie d’assaut nous avaient ouvert la voie en détruisant les obstacles. Je n’avais qu’une idée, c’était de vivre ou mourir sur le sol Français… »

Comment pourrais-je oublier que nous nous étions rendus ensemble en 1990 en Eretz Israël, avec Milo Adoner et ses amis survivants, dont le Rabbin Charles Liché, de mémoire bénie ? C’était la première fois qu’Henri Dorfmann se rendait en Israël. A l’arrivée, il s’est  alors coiffé du célèbre béret vert, et sitôt descendu la passerelle, il s’est agenouillé pour embrasser la terre d’Israël…Puis, il s’est tourné vers moi, et m’a soufflé, en proie à une vive émotion :

 « Telle est la promesse que je m’étais faites ! C’est pour tous mes frères d’armes Juifs, qui sont restés sur le sol de Normandie, et qui n’auront jamais pu vivre ce que je vis aujourd’hui… »

Claude Bochurberg 

 

 

 

SOIREE MEMORABLE AVEC LES KLARSFELD PLACE DES VOSGES.

Le mercredi 17 octobre, en la Synagogue Charles Liché, Serge et Beate Klarsfeld sont venus présenter le nouveau Mémorial des Déportés Juifs de France, un monument sacré, pesant pas moins de 7 kilos, rendant vie à chaque victime par ordre alphabétique, regroupant les familles, et comprenant les noms des Juifs Morts dans les Camps Français ou exécutés sommairement. Au cours de cette soirée exceptionnelle, placée sous l’autorité du Rabbin Olivier Kaufmann, Serge rendit hommage à tous les compagnons qui avaient participé à ce travail gigantesque au plan de la saisie informatique, et rappela tout ce qui avait été entrepris durant plus de 4O décennies sur tous les fronts de la Mémoire et de la Justice au sein de notre pays. Comme devait le souligner le président des FFDJF : « Le Mémorial de 1978 joua son rôle pionnier pour informer les familles du sort de leur proche, pour leur permettre d’accomplir leur travail de deuil…Mais pour dresser le plus précisément possible le bilan de cette tragédie, il fallait aller plus loin encore qu’en 1978, en prenant exemple sur le « Mémorial des Enfants », autrement dit, en corrigeant les orthographes et les erreurs, combler les lacunes, et grâce aux adresses réunir les familles dont les membres avaient été déportés par différents convois…Il a ainsi fallu diviser le contenu de cet ouvrage si particulier en 8 volumes… » Avant la signature de cet ouvrage monumental, de nombreuses questions furent posées au couple par l’assistance, notamment celles touchant à l’avenir de la mémoire, et à la résurgence de l’antisémitisme…

CB.

 

 

 

 

LA SYNAGOGUE CHARLES LICHE, HAUT LIEU DE LA MEMOIRE DU FUTUR.

 

Depuis 1963, date de la fondation de la Synagogue de la Place des Vosges, avec à sa tête le Rabbin Charles Liché, de mémoire bénie, ce haut lieu lové au cœur du Marais, qui fut cruellement touché durant la Shoah, rassemble les familles des victimes et les survivants des camps nazis tels que Milo Adoner, tous compagnons du Rabbin Charles Liché, par ailleurs responsable de la « Colonie Scolaire », auquel le Consistoire et le Rabbinat lui confièrent la charge de : « Rabbin des Déportés de France ».

Intertitre : « Aujourd’hui, ce haut lieu du Judaïsme, sous l’autorité du Rabbin Olivier Kaufmann, descendant du Grand Rabbin Schili, de mémoire bénie, perpétue avec dynamisme la transmission de la Mémoire de la Shoah, à l’attention notamment des jeunes,  en faisant en sorte qu’ils deviennent à leur tour des acteurs responsables de la lutte contre l’oubli. »

C’est dans cet esprit que fut créé il y a 3 ans un partenariat entre le Mémorial de la Shoah et la Synagogue Charles Liché, en vue de l’attribution du Prix Bruno Durocher Kaminski, récompensant les élèves du Talmud Torah, et le groupe des post Bar et Bat Mitsva, ayant mené un travail sur le thème de la mémoire de la Shoah. Ce partenariat  tissé entre le Rabbin Olivier Kaufmann et Jacky Fredj, directeur du Mémorial, avec le concours des enseignants du Talmud Torah et de sa directrice Héléna Kissler, de Barbara Melloul, Adeline Salmon, et Claude Singer, responsable de l’équipe pédagogique du Mémorial, est l’un des évènements majeurs de la vie Juive à Paris, dans la mesure où il mobilise les familles, les survivants et les jeunes. L’émission : « Mémoire et Vigilance » sur Radio Shalom, est également partie prenante en faisant connaître les différentes phases de la recherche des élèves en vue de l’obtention du Prix Bruno Durocher Kaminski. Enfin, un voyage offert par Maître David Kaminski, récompense les lauréats de ce Prix, en les emmenant sur les traces de la vie Juive en Europe, comme ce fut le cas lors d’un récent voyage à Prague.

Fidèle à la tradition de la « Shoule », où se tiennent chaque mois des conférences, sous l’égide de Georges Wojakovski, dont beaucoup portent sur des thèmes de Mémoire relayés par le journal « Yom Tov », le Rabbin Olivier Kaufmann organise en symbiose avec Milo Adoner vice président de l’UDA, les survivants d’Auschwitz, et le président Patrick Chlewicki, chaque 27 janvier, un office solennel marquant la célébration d’Auschwitz avec la participation des autorités civiles, militaires, religieuses, des élus, et des grands Rabbins de France et de Paris, ainsi que du Président des Consistoires Joël Mergui. Lors de cet office, le seul  qui se tient à Paris  ce jour là, en mémoire des victimes des « Marches de la Mort » et du 27 janvier, les élèves du Talmud Torah, les adolescents, et les EIF du groupe Shema Israël, y prennent une part active, en interprétant des poèmes, des chants, et en lisant des témoignages des rescapés de la Shoah. Cette attention à l’adresse des jeunes, afin qu’ils deviennent témoins à leur tour, sous le signe de la créativité, de la célébration de la vie, caractérise l’action menée par le Rabbin Olivier Kaufmann, avec le succès que l’on connaît. L’enseignement du Rabbin fait en sorte de transmettre la flamme des valeurs de la Torah, tout en veillant à ce que l’on porte la voix des disparus pour la faire vivre très fidèlement. Comme il le déclarait le 25 janvier dernier à l’occasion du 67ième anniversaire de la Libération d’Auschwitz, après avoir dénoncé le rôle des bourreaux et des complices dans le meurtre de un million et demi d’enfants, puis évoquer le rôle des justes, et exprimer sa satisfaction de voir combien des liens forts avaient été établis avec le Mémorial : « Il nous faut chasser les peurs, cultiver nos capacités d’espérance, et notre recherche en fraternité. »

Claude Bochurberg.

   

                     

 

 

 

  « QUAND LA FIN DE LA GUERRE NE FUT PAS LA FIN DU PROBLEME… »

 

 

 

 

Il a fallu du temps pour admettre que les enfants cachés pouvaient constituer une catégorie d’êtres singuliers, marqués par le traumatisme de la séparation familaiale, la dissimulation de leur identité, et la révélation tragique de la perte de leur père ou de leur mère, quand ce n’était pas les deux.

Intertitre : « Terrifiés, ils ont continué à être créatifs. Désespérés, abandonnés, ils ont su se révéler séducteurs…Toutes ces expériences douloureuses de l’enfance ont probablement contribué à en faire des êtres d’exception. »

Nathalie Zajde, maître de conférence en Psychologie, consultante au Centre Georges Devereux, auteur de : « Enfants de survivants » et « Guérir de la Shoah », fut l’une des premières à effectuer en France, les prises en charge psychologique des descendants de survivants et des enfants cachés, à une époque où le sort de ces derniers n’était guère courant. En fait, l’expression « enfants cachés » a fait son apparition sur la scène publique lors de la première réunion internationale à New York en mai 1991, pour laquelle j’avais reçu à l’époque Ruth Croitorou, l’une de ses responsables en France, pour en parler dans l’émission « Mémoire et Vigilance. »  Depuis, bien des groupes de paroles se sont constitués sous l’égide de l’Association des Enfants Cachés, mais aussi au sein des différentes Institutions à vocation d’aide et de solidarité, où se regroupent nombre de survivants ou de descendants des victimes de la Shoah. Et, ce travail mené institutionnel, loin de faiblir a pris au contraire un essor important (rattrapant en cela les pionniers aux USA et en Israël), ce dont témoignent les nombreux travaux et ouvrages publiés sur ce thème. Dans son dernier ouvrage « les enfants cachés en France »  Nathalie Zajde, analyse et explicite avec pertinence ce qui fait le « génie » de ces « enfants cachés » : «Certains parmi les plus jeunes, ont su improviser des comportements auxquels ils n’étaient absolument pas préparés. Ils ont fait preuve d’un talent et d’une inventivité surprenants. Ils ont su deviner les intentions cachées de leurs agresseurs. Ils ont déjoués leurs stratégies. Les enfants cachés ses sont souvent révélés  psychologiquement doués. Ils ont perçu derrière les apparences, déchiffrés les parles des adultes, leurs intentions cachées. Terrifiés, ils ont continué à être créatifs. Désespérés, abandonnés, ils ont su révéler séducteurs…Toutes ces expériences douloureuses de l’enfance ont probablement contribué à en faire des êtres d’exception. » Ainsi, à travers autant de portraits attachants d’anciens enfants cachés, dont certains sont devenus célèbres, tels que Saul Friedlander, Boris Cyrulnik, Serge Klarsfeld, ou André Glusksmann, l’auteur rend compte de : « cette intelligence prématurée du monde, de cette singulière psychologie de la survie, faite de rouerie et de contrôle de soi…En découvrant avec surprise, combien la France comptait d’enfants cachés qui sont devenus des personnages publics. D’autres sont restés des anonymes, mais tous ont connu une expérience hors du commun. La plupart d’entre eux sont restés orphelins d’un ou des deux parents. C’est dire, comme l’a écrit Boris Cyrulnik que «  la fin de la guerre ne fut pas la fin du problème ». Pour notre pays, ce sont plus de 11.400 enfants qui furent assassinés dans les camps nazis. On estime que plus de 60.000 enfants purent avoir la vie sauve grâce aux solidarités diverses de la population et à l’efficacité des organisations juives et non juives. Près de 20.000 enfants des déportés Juifs de France sont restés orphelins. Comme le souligne Natahalie Zajde : « Rester Juif pendant la Shoah a été un acte de résistance. C’est ainsi que certains contraints à taire leur identité, à abandonner leur judéité et même à se convertir, ont accompli de véritables actes de résistance en trouvant les moyens de continuer secrètement à être les enfants de leurs parents - à rester juifs. » Leurs témoignages montrent avec force qu’il est possible de surmonter le destin pathétique de l’enfance (sans bien sûr renier la mémoire), en choisissant la vie, l’ouverture à l’autre, la culture de l’effort, la fidélité aux valeurs familiales Juives, le pari enfin de la perfectibilité dans la quête de la Justice, et de la fraternité.

 

 

                MARC CHARGUERAUD OU LA PASSION DE LA TRANSPARENCE HISTORIQUE

 

                                                                      

« Le mérite de l’auteur est d’ouvrir des pistes de réflexion et d’apporter de nouveaux éclairages autour de thèmes que l’on croyait acquis une fois pour toutes. »

 

La retraite venue, Marc-André Charguéraud, Diplômé de Sciences Politiques et de Droit, MBA de Harvard, Engagé Volontaire en 1944 dans la Première Armée Française s’est lancé avec passion dans l’étude de la Shoah, en consultant des dizaines d’ouvrages rédigés par les historiens les plus compétents tant en France qu’à l’étranger.

 

 Depuis plus de 10 ans, on lui doit ainsi 8 livres dont : « Tous coupables ? », « Silences meurtriers », «  Survivre », ou « l’Etoile Jaune et la Croix Rouge », publiés chez Labor et Fides, qui abordent grâce à l’exploration croisée de ses différentes sources, les silences, les parts d’ombre ou même les vérités non dites, touchant au génocide Juif. Seul compte pour cet auteur, le pointage de l’exactitude historique. Ainsi dans le prolongement des ses travaux antérieurs, il propose ici de « revisiter cinquante idées reçues sur la Shoah », sous forme d’un dictionnaire thématique couvrant les lettres de A à J, lequel sera suivi ultérieurement par un deuxième tome. Combien même cette démarche n’obéirait pas aux critères classiques de la recherche sur documents, archives et témoignages, elle n’en a pas moins son utilité, ne serait-ce que par le recoupement des différentes approches livresques qu’elle suppose faisant suite à un infatigable travail de lecture et de prises de notes couvrant des milliers de pages, notamment en anglais. En ce sens, le mérite de l’auteur est d’ouvrir des pistes de réflexion et d’apporter de nouveaux éclairages autour de thèmes que l’on croyait acquis une fois pour toutes. Comme s’en explique l’auteur: « Ce livre s’interdit toute révision de l’histoire...Mon souhait est que le public puisse mettre en cause le bien-fondé de certaines conclusions historiques admise. L’étudiant et le chercheur pourront adopter une attitude peut-être plus critique dans leur recherche. L’historien qui se laissera interpeller approfondira le sujet pour adopter ou rejeter les conclusions présentées. » Par le biais de ce travail, c’est à une nouvelle approche des évènements que nous convie l’auteur, lequel s’appuyant sur l’expérience de l’historien Allemand de la Shoah, Arno Mayer, n’ignore pas que : « certains lecteurs seront contrariés car leurs certitudes peuvent être remises en question. D’autres interrogeront le poids relatif des faits et des arguments présentés, des témoignages choisis et des chiffres retenus…Il faut en effet repérer entre les évènements des rapports que les contemporains distinguaient à peine ou pas du tout, le poids des faits et des arguments utilisés… » Et,  ajoute Marc-André Charguéraut ceci qui a toute son importance : « La source de tous les chiffres et de toutes les informations est scrupuleusement référencée…Les témoignages d’époque ont été privilégiés. Les contemporains réagissent suivant leur connaissance et dans le contexte du moment. On évite ainsi les interprétations et les conclusions résultant de ce que nous avons appris depuis. » Ainsi, l’auteur a-t-il extrait 50 thèmes qui sont abordés sous forme d’articles brefs, indépendants des uns des autres, que l’on peut appréhender dans n’importe quel ordre et selon son intérêt du moment. Bien des pans méconnus de ce qui concourra à la « Solution Finale » se découvrent ainsi au fil des pages, que ce soit : l’accueil des Juifs en 1945-1948 », l’Aide, les Appels au secours 1936-1945, le problème de la Bulgarie, les désaccords au sujet du bombardement d’Auschwitz, le Chambon-sur-Lignon, les catholiques Polonais, les Chrétiens Allemands, la Croix Rouge, la désunion entre Juifs Américains et anglais 1942-1944, les Eglises Allemandes, l’Eglise Suédoise, les enfants en France en Juillet-août 1944, la Gestapo , l’inaction des Juifs Américains 1942-1944, etc…Voilà autant de thèmes qui ne sauraient laisser indifférents, et qui invitent à poursuivre la réflexion, en retenant que : « le désastre génocidaire a été rendu possible par un climat général de passivité dont l’Allemagne nazie a largement profité. »

 

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